J'ai profité d'un déplacement professionnel dans le département de l'Aisne pour visiter le Familistère de Guise, l'oeuvre de Jean-Baptiste Godin, le célèbre inventeur des poêles en fonte du même nom.
J'avais déjà évoqué l'existence de ce lieu "unique" sur ce blog dans un article publié au mois de mars.
Godin, un patron pas comme les autres, enfin, pas comme ceux qui font actuellement la "une" des journaux, les Daniel Bernard et autres PDG de haut niveau qui partent à la retraite les poches pleines, et qui oublient bien vite les milliers de salariés qui continueront de nombreuses années à remplir les têtes de gondoles des magasins du groupe pour un SMIC amélioré.
Entre 1834 et 1837, Godin, fils d'un artisan de la Thiérache, compagnon serrurier lui même, va constater au cours de son "Tour de France" les effets néfastes du capitalisme économique sur la valeur du travail. Il découvre et partage la vie misérable des ouvriers et de leurs familles, les taudis dans lesquels ils s'entassent, sans hygiène, les enfants qui commencent à travailler dès l'âge de huit ans, le manque d'instruction.
Godin, de retour, va décider de consacrer sa vie à l'amélioration de la condition ouvrière, et grâce à la fortune que son invention va lui rapporter, et au soutien sans faille de son épouse Marie Moret, il va construire son "Palais social", expérience unique de communauté ouvrière autogérée qui fonctionnera jusqu'en 1968 (paradoxe), date de la mise en vente de l'usine Godin au bord de la faillitte.
Le Familistère, c'est aussi un théâtre, où se tiennent les assemblées générales et les spectacles, c'est une école (gratuite et obligatoire bien avant Jules Ferry) et une crèche, des économats pour les produits de première nécessité, une piscine et des douches chauffées par l'eau des forges, des jardins d'agréments...
Godin aura consacré toute sa vie (et tout son argent) à son oeuvre. Un an après sa mort en janvier 1888 , l'association coopérative du Capital et du Travail décidera à l'occasion d'une assemblée générale extraordinaire d'ériger un monument funéraire sur la tombe de Godin et une statue sur la place du Familistère.
Combien de patrons actuels peuvent espérer recevoir après leur mort un tel hommage de leurs ouvriers?
Vous pouvez consulter l'album photo que j'ai réalisé au cours de la visite. J'en profite pour saluer amicalement Amélie et Hélène, les deux guides-conférencières qui font un excellent travail.

Les commentaires récents